40 ans – Tsonga, une épopée inoubliable (2008)
Arrivé à Paris sans même savoir s’il pourrait disputer son premier match, Jo-Wilfried Tsonga en est reparti, une semaine plus tard, le trophée sous le bras. 18 ans après avoir inscrit son nom au palmarès du Rolex Paris Masters, il se souvient d’un tournoi qui a changé le cours de sa carrière et scellé son histoire avec le public parisien.
C’était en 2008, mais ces souvenirs restent bien ancrés dans la mémoire du Manceau. Le 2 novembre de cette année-là, il soulevait l’Arbre de Fanti. Aujourd’hui encore, c’est avec émotion que l’ex-cinquième joueur mondial se remémore ce qui reste l’un des plus grands moments de sa magnifique carrière. Une semaine automnale, un genou douloureux, des tribunes en fusion, un clan rassemblé et une finale au bout du suspense : retour sur une folle épopée parisienne.
Un genou incertain, des rêves encore lointains
Finaliste de l’Open d’Australie en début d’année mais opéré du genou en mai, Tsonga a manqué une partie de la saison (dont Roland-Garros et Wimbledon) avant de progressivement retrouver ses sensations durant l’été. Son premier titre ATP, décroché à Bangkok face à Novak Djokovic, lui a donné un nouvel élan. Cependant, au début de la tournée indoor, son genou gonfle de nouveau et les doutes font leur retour. "Honnêtement, je suis arrivé sur ce tournoi en ne pensant pas une seconde que j’allais pouvoir jouer le premier match", raconte-t-il.
Son entraîneur de l’époque, Eric Winograsky ne se fait guère d’illusions. Il lui laisse cependant le choix. Tsonga se présente sur le court pour son entrée en lice et l’emporte en trois sets contre Radek Stepanek (28e). Il décide alors de voir au jour le jour. Puis vient le deuxième tour, face à Novak Djokovic. Malgré la douleur, le Français s’impose en trois manches contre le n°3 mondial. "A ce moment-là, je me dis : ‘C’est quand même pas mal ça ! Alors pourquoi pas ?’."
Mais c’est en quarts de finale contre Andy Roddick, alors 7e joueur mondial, que les choses basculent véritablement. Vainqueur au terme d’un duel haletant conclu 7/6(5) au troisième set, Jo livre un match de très haut niveau face à l’un des meilleurs serveurs du circuit. Et soudain son genou ne le fait plus souffrir. Mieux, il a même dégonflé ! "A ce moment-là, je pense carrément que c’est incroyable et que j’ai le droit de rêver !"
Le songe se poursuit dans le dernier carré. Opposé à James Blake (11e), Tsonga joue juste, frappe fort et ne laisse aucun répit à son adversaire pour s’imposer 6/4, 6/3. Avec le recul, le Tricolore considère toujours cette rencontre comme l’une des plus réussies de sa carrière. "Je me souviens très bien de cette partie. C’est l’un des matchs les plus aboutis que j’ai dû faire. Je survolais."
Une finale gravée dans les mémoires
Le voilà sur la dernière marche, à la maison, devant un public qui commence à prendre la mesure de son talent, après l’avoir, pour beaucoup, découvert lors de l’Open d’Australie. Face à lui se dresse l’un des hommes en forme de cette fin de saison : David Nalbandian. L’Argentin, vainqueur à Stockholm et finaliste à Bâle (contre Federer), est également tenant du titre à Paris.
Le défi est de taille pour le Français mais la finale tient toutes ses promesses. Les images se bousculent toujours dans la tête de l’actuel co-organisateur du Grand Prix Auvergne-Rhône-Alpes de Lyon en compagnie de Thierry Ascione. "Dès l’échauffement, les gens m’encourageaient. Quand ils tapaient des pieds, tout le stade tremblait. Là, j’ai pensé à Nalbandian en me disant que ça allait être très dur pour lui quand même !"
La ferveur ne retombe pas, elle accompagne chaque ace (25 au total) ou accélération (51 coups gagnants) jusqu’à la balle de match. Poussé par le public qui ne l’a jamais lâché – surtout pas quand il s’est retrouvé mené 0-40 sur son service à 5-4 en sa faveur dans le dernier set –, Tsonga a remporté les six derniers points du match pour s’offrir son plus beau titre, validant au passage son billet pour le Masters de Shanghai.
Deux bonnes raisons de célébrer et autant dire que la fête fut à la hauteur des accomplissements ! "Le bonheur à l’issue d’un tel succès, c’est particulier et magnifique quand c’est vraiment partagé. Et à Paris, j’avais toute ma famille, mes amis, beaucoup de gens qui ne m’avaient encore jamais vu jouer à ce niveau et qui, quelque part, découvraient un peu mon métier. Après ma victoire on a fait une fête d’enfer !"
Cette semaine, débutée avec un genou fragile et achevée dans le vacarme d’une salle debout, a durablement marqué les esprits. A Paris, Jo-Wilfried Tsonga n’a pas seulement remporté le plus grand titre de sa carrière, il est aussi définitivement entré dans le cœur du public français.

